Okapinews.net
PolitiqueUne

« Les réformes constitutionnelles auront lieu » : Steve Mbikayi répond à aux évêques de la CENCO et défend le droit du peuple à décider (Lettre ouverte) !

Dimanche, 21 Juin 2026-Dans une lettre ouverte adressée aux évêques de la CENCO, le député national Steve Mbikayi Mabuluki critique sévèrement la position de l’épiscopat catholique sur la question des réformes constitutionnelles. Tout en reconnaissant à l’Église le droit d’exprimer ses préoccupations sur la situation du pays, il lui reproche de s’écarter de sa mission de neutralité morale pour adopter, selon lui, un discours proche de celui de l’opposition politique et de la rébellion. L’élu s’interroge également sur le silence de la CENCO concernant le rôle du Rwanda dans l’agression dont la RDC est victime et conteste son interprétation de l’article 220 de la Constitution. Affirmant que les réformes institutionnelles relèvent de la souveraineté populaire et des institutions habilitées, Steve Mbikayi estime que le débat doit se dérouler librement et démocratiquement, avant de conclure que « les réformes constitutionnelles auront lieu » et que le dernier mot reviendra au peuple congolais.

 

Ci-dessous, l’intégralité de la lettre ouverte !

LETTRE OUVERTE À LA CENCO

Messeigneurs,

J’ai pris connaissance avec attention de votre message intitulé « La Nation est en péril ! Dressons nos fronts, prenons le plus bel élan ».

Comme tout citoyen congolais, vous avez le droit d’exprimer vos préoccupations sur la marche de notre pays. Ce droit est incontestable. Mais précisément parce que votre parole devrait être écoutée, respectée et largement relayée, elle vous impose une responsabilité particulière : celle de demeurer au-dessus des camps partisans.
Or, à la lecture de votre déclaration, une impression se dégage : celle d’un texte qui prétend se situer au-dessus de la mêlée tout en reprenant, presque point par point, les arguments de l’opposition politique et de la rébellion.

Vous affirmez que la Nation est en péril. Sur ce point, nous pouvons vous rejoindre. Mais le péril principal qui menace aujourd’hui la République démocratique du Congo n’est-il pas l’occupation d’une partie de son territoire par l’armée rwandaise ?
À cet égard, votre texte suscite une interrogation.

Alors que les Nations unies, l’Union européenne, les États-Unis, l’Union africaine et de nombreuses chancelleries internationales dénoncent explicitement l’implication du Rwanda dans l’agression dont notre pays est victime, votre déclaration évoque essentiellement l’AFC/M23 qui « consoliderait son administration » dans les territoires occupés.
Cette formulation est loin d’être anodine.
En substituant systématiquement le nom d’un mouvement rebelle à celui de l’État qui nous agresse, vous contribuez délibérément à déplacer le centre de gravité du débat. Une agression étrangère tend alors à être présentée comme une simple crise congolo-congolaise. Est-ce pour justifier le fait que, dans votre déclaration, vous ne faites pas du départ des troupes étrangères une exigence explicite ?

Plus surprenante encore est votre manière d’aborder le débat constitutionnel.
Vous affirmez ne voir ni l’urgence, ni la nécessité, ni l’opportunité d’une réforme de la Constitution. Pourtant, aucune disposition constitutionnelle ou légale ne vous confère la compétence de trancher, en surplomb, sur l’opportunité ou non d’une réforme.

Lorsque vous annoncez qu’une révision pourrait conduire à la balkanisation du pays, à des affrontements interethniques et même à une nouvelle guerre civile, vous quittez le terrain de l’analyse pour entrer dans celui des prophètes de malheur. Comment expliquer qu’une prérogative reconnue aux élus du peuple deviendrait soudainement un danger pour l’existence de la Nation ?

Dans votre message, vous présentez l’article 220 comme un rempart absolu contre toute évolution constitutionnelle.
Or, cet article de notre Constitution ne contient aucune disposition déclarant sa propre intangibilité. Les gouvernants sont donc en droit d’y apporter des amendements, dans le respect des procédures, pour améliorer la gouvernance. C’est le cas, par exemple, de la suppression des assemblées provinciales souhaitée par la plupart des Congolais, alors même que le dernier alinéa de cet article nous l’interdit aujourd’hui.

Par ailleurs, votre texte laisse entendre que les élections de 2023 demeureraient entachées d’un déficit de légitimité.
Dans tout État de droit, les contestations électorales sont tranchées par les juridictions compétentes. En République démocratique du Congo, la Cour constitutionnelle a statué. Ses arrêts s’imposent à tous.
On peut avoir exprimé des réserves avant la décision du juge. Mais lorsque celui-ci a parlé, la stabilité des institutions exige que chacun respecte l’autorité de la chose jugée. À défaut, aucune institution ne pourrait jamais être considérée comme légitime.

Nous avons vu un conflit post-électoral entre Joe Biden et Donald Trump. La conférence épiscopale des États-Unis ne s’était pas érigée en juge constitutionnel. Les évêques ont gardé leur neutralité. De même, en France, il n’y a pas longtemps, des gouvernements sont tombés les uns après les autres : l’Église catholique n’a fait aucune déclaration politique pour contester la légitimité des institutions ou s’immiscer dans le jeu partisan. Au Congo-Brazzaville, lorsqu’il s’est agi de changer la Constitution, malgré les vives tensions politiques qui en ont découlé, la conférence épiscopale n’avait pas joué le rôle que vous vous assignez aujourd’hui. Ne voudriez-vous pas, vous aussi, suivre ces exemples de retenue et de neutralité institutionnelle ?

Une contradiction mérite également d’être relevée dans votre déclaration.
Vous reprochez à la majorité de vouloir influencer l’opinion sur la question constitutionnelle. Dans le même temps, vous demandez aux agents pastoraux de diffuser largement votre message afin de mobiliser les fidèles contre toute réforme constitutionnelle.
Autrement dit, vous dénoncez une campagne politique tout en organisant vous-mêmes une contre-campagne du même genre.

Cette posture nourrit inévitablement l’impression que la CENCO ne se contente pas d’éclairer les consciences mais se lance directement le combat politique.
C’est précisément là que réside le malaise.
L’Église catholique jouait un rôle immense dans notre pays. Son influence morale était considérable. Beaucoup de Congolais souhaitent la voir redevenir une conscience morale plutôt qu’un acteur politique parmi d’autres.

Lorsqu’une conférence épiscopale s’identifie trop fortement à un camp, elle s’expose aux mêmes attaques que ce camp. Elle perd progressivement la crédibilité nécessaire pour parler à tous.

Le peuple a besoin d’évêques qui rassemblent. Il a besoin de pasteurs qui apaisent. Il a besoin de médiateurs qui favorisent le compromis plutôt que l’alignement.

Les réformes constitutionnelles auront lieu. Les partisans de ces réformes défendront leurs arguments. Les opposants défendront les leurs. Les idées doivent s’affronter.
Mais la Constitution appartient au peuple. Le dernier mot lui reviendra. C’est lui, et lui seul, qui décidera de l’avenir institutionnel de notre pays.

Veuillez croire, Messeigneurs les Évêques de la CENCO, en l’expression de ma très haute considération.

Steve Mbikayi Mabuluki
Député national

Liens Pertinents