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PDL-145 territoires : Christian Mwando, l’architecte qui rappelle l’État à sa promesse !

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Samedi, 10 janvier 2026-Il fut pensé comme un choc d’équité territoriale. Un programme capable de rompre, enfin, avec la vieille fracture entre une République des capitales provinciales et un pays profond laissé à lui-même. Le Programme de développement local des 145 territoires (PDL-145T) portait cette ambition : replacer le territoire au cœur de la stratégie nationale de développement, irriguer les campagnes, relancer les économies locales et freiner l’exode rural devenu structurel.

Conçu en 2021, salué par les partenaires techniques et financiers comme l’un des projets les plus structurants de l’après-décentralisation, le PDL-145T se heurte aujourd’hui à une exécution heurtée, marquée par des arbitrages budgétaires contestés et une dilution progressive de sa philosophie initiale.

Dans un entretien sans langue de bois, Christian Mwando, ancien ministre d’État au Plan et principal architecte du programme, livre un diagnostic précis, documenté et profondément politique au sens noble du terme.

Plus qu’un réquisitoire, son propos révèle une méthode, une vision et une conception exigeante de l’action publique. À travers le PDL-145T, c’est le portrait d’un technicien du développement devenu homme d’État qui se dessine.

Le PDL-145T : une architecture pensée contre l’abandon rural

Pour Christian Mwando, tout part d’un constat aussi simple que brutal : l’abandon structurel du monde rural congolais. Pendant des décennies, explique-t-il, les politiques publiques ont privilégié les centres urbains, concentrant les investissements là où la pression politique est la plus visible, au détriment des territoires, pourtant socle démographique, agricole et social du pays.

Le PDL-145T naît précisément pour corriger cette trajectoire. L’ambition est globale, presque systémique : réduire les inégalités spatiales, créer de la richesse localement, stimuler l’entrepreneuriat rural, améliorer l’accès aux services sociaux de base et désenclaver les territoires par les routes de desserte agricole. Un développement pensé « à partir de la base », selon une logique de proximité et de justice territoriale.

Ancien président de la commission Infrastructures de l’Assemblée nationale, ex-ministre provincial du Budget, des Finances et du Plan dans l’ex-Katanga, Christian Mwando transpose à l’échelle nationale une méthode déjà éprouvée : planifier avec rigueur, sécuriser les financements, encadrer l’exécution et exiger des résultats mesurables. Ce n’est pas un programme d’annonces, mais une mécanique de transformation.

Le diagnostic qu’il pose aujourd’hui est sévère, mais étayé. Selon lui, la philosophie de solidarité territoriale qui fondait le PDL-145T s’est progressivement dissoute au profit de priorités urbaines coûteuses et politiquement plus visibles.

Les chiffres qu’il avance parlent d’eux-mêmes : depuis 2023, moins de 10 % des prévisions budgétaires votées pour le programme auraient été effectivement décaissées. Les écoles et centres de santé actuellement en construction, rappelle-t-il, sont essentiellement financés par les DTS réaffectés en 2022 sous l’impulsion de la Banque mondiale, et non par les crédits budgétaires ordinaires. Quant aux routes de desserte agricole, pourtant colonne vertébrale du développement rural, elles restent largement à l’arrêt.

Pour Mwando, le problème n’est ni technique ni conceptuel. Il est politique et budgétaire. La gouvernance multi-agences, souvent critiquée, était selon lui une nécessité pour un pays-continent comme la RDC, autant pour couvrir l’ensemble des territoires que pour rassurer les bailleurs internationaux.

La rupture est intervenue lorsque l’État n’a plus respecté ses propres arbitrages budgétaires.

Un homme de méthode dans un État en quête de cohérence

À travers cette analyse, Christian Mwando révèle surtout ce qui fait sa singularité dans le paysage politique congolais : une culture de la méthode et du résultat. Pour lui, la relance du PDL-145T est possible, mais à des conditions claires : exécuter intégralement les budgets votés, hiérarchiser les fondamentaux (routes, eau, activités génératrices de revenus), respecter les calendriers et renforcer le suivi.

Cette exigence n’est pas théorique. Elle est le fruit d’une expérience concrète de la gestion publique. Dans l’ex-Katanga, sous la gouvernance de Moïse Katumbi, Mwando a été l’un des artisans d’une révolution silencieuse des finances provinciales : création de la Direction des recettes, discipline budgétaire, planification triennale, décentralisation financière.

Résultat : des recettes locales multipliées et une capacité d’investissement accrue.
Le PDL-145T s’inscrivait dans cette même logique. Ce que déplore Mwando aujourd’hui, c’est moins l’échec d’un programme que le renoncement à une méthode.

Qui est donc Christian Mwando, l’homme des résultats…?

Né à Lubumbashi le 27 mars 1965, Christian Mwando appartient à cette génération de dirigeants façonnés par l’entreprise avant la politique. Ingénieur commercial et de gestion, diplômé avec distinction de l’Université catholique de Louvain, il débute dans le secteur privé international chez Unilever/Marsavco, puis au sein du groupe Sintexkin-Cotolu-UPAK.

Cette école de rigueur managériale forge sa vision pragmatique de l’État. Son passage par la Fédération des entreprises du Congo, puis son entrée au gouvernement provincial du Katanga, confirment un fil conducteur : articuler fiscalité, développement et responsabilité institutionnelle.

Ministre du Budget, du Plan puis des Finances, il impose une orthodoxie financière saluée pour ses résultats concrets.

Élu député national en 2011, Mwando devient rapidement une référence sur les questions économiques et budgétaires. Ministre d’État au Plan en 2021, il pilote des réformes structurantes : PDL-145T, Politique nationale de l’aide, cadre juridique des PPP, plan de retrait responsable de la MONUSCO.

Aujourd’hui président du groupe parlementaire Ensemble (Opposition), il incarne une opposition de contrôle et de proposition, fondée sur l’expertise, la cohérence budgétaire et la redevabilité.

Derrière la critique du PDL-145T, une conviction demeure intacte : le programme reste un levier crédible de transformation de la RDC s’il retrouve sa cohérence initiale.

À défaut, prévient Mwando, il risque de rejoindre la longue liste des ambitions inachevées. Son propos sonne comme un avertissement, mais aussi comme une leçon de gouvernance : le développement ne se décrète pas, il se planifie, se finance et s’exécute.

En ce sens, le PDL-145T n’est pas seulement un programme. Il est le miroir de la capacité, ou de l’incapacité, de l’État congolais à tenir ses engagements envers ses territoires.

Et Christian Mwando, à travers cette prise de parole, rappelle qu’au-delà des slogans, le développement reste avant tout une affaire de méthode, de courage budgétaire et de fidélité à la vision initiale.

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