
Lundi, 25 mai 2026-À mesure que la maladie à virus Ebola refait surface dans la province de l’Ituri, au nord-est de la République démocratique du Congo, les efforts de sensibilisation communautaire se multiplient afin de contenir la propagation de l’épidémie. Sur le terrain, les autorités sanitaires et leurs partenaires, dont la Mission de l’Organisation des Nations Unies pour la stabilisation en RDC (MONUSCO), font face à un autre défi majeur : la désinformation.
Depuis la déclaration officielle de l’épidémie le 16 mai 2026 par le ministère congolais de la Santé, plus de 200 décès ont déjà été enregistrés en Ituri. Dans plusieurs localités, des rumeurs persistantes et des croyances mystiques alimentent encore la méfiance envers les équipes de riposte.
« C’est sérieux, cette histoire d’Ebola. Il y a beaucoup de morts, y compris dans mon voisinage… Mais malheureusement, certains pensent que c’est une invention, voire une maladie mystique », témoigne un habitant de Bunia, illustrant le climat de doute qui règne dans certaines communautés.
Une riposte confrontée aux résistances communautaires
Comme lors de la pandémie de Covid-19, une partie de la population continue de nier l’existence même de la maladie ou remet en question les mesures sanitaires recommandées. Cette situation complique considérablement les efforts de prévention, notamment dans les zones rurales et les sites de déplacés où l’accès à l’information reste limité.
Les autorités sanitaires craignent que cette défiance ne favorise davantage la transmission du virus, particulièrement dans les zones à forte mobilité humaine.
Face à l’urgence, la MONUSCO a intensifié ses actions de sensibilisation communautaire.
Le 23 mai 2026, des Casques bleus bangladais, appuyés par l’équipe de liaison communautaire de la Section des affaires civiles, ont mené une vaste campagne dans la localité de Rhoo, en territoire de Djugu.
Munis de mégaphones, les soldats de la paix ont sillonné les quartiers pour diffuser des messages de prévention en langues accessibles aux habitants. Ils ont insisté sur le fait qu’Ebola « n’est ni une invention ni une croyance mystique, mais une maladie grave pouvant entraîner la mort ».
Ces campagnes ciblaient particulièrement les populations déplacées, souvent exposées à un manque d’information fiable et à des conditions sanitaires précaires.
Les gestes barrières rappelés à la population
Durant ces opérations de proximité, plusieurs mesures essentielles ont été rappelées aux habitants : le lavage régulier des mains ; l’évitement des contacts physiques ; le port correct du masque ; le signalement rapide des cas suspects aux autorités sanitaires.
Les équipes de sensibilisation estiment que ces gestes simples restent déterminants pour ralentir la propagation du virus, notamment dans les zones densément peuplées.
Les activités de sensibilisation ont également été étendues au village de Seseti, dans la localité de Blukwa-État, ainsi qu’à la base des Forces armées de la RDC sur la colline de Ruu.
Cette région connaît d’importants mouvements de populations entre Bunia, Bule, Fataki et Rhoo, une mobilité qui augmente considérablement les risques de transmission du virus.
Selon les données de l’ONG AIDES, gestionnaire du site de déplacés de Rhoo, le nombre de personnes déplacées est passé de 54 871 en avril 2026 à 61 222 aujourd’hui. Une grande partie de ces nouveaux arrivants ne dispose pas encore d’informations suffisantes sur l’épidémie.
La communication au cœur de la lutte contre Ebola
Au-delà de la réponse médicale, les acteurs de la riposte considèrent désormais la communication communautaire comme un pilier central de la lutte contre Ebola.
Informer les populations, déconstruire les fausses croyances et restaurer la confiance envers les structures sanitaires apparaissent essentiels pour espérer contenir rapidement l’épidémie.
Dans une province fragilisée par les déplacements de populations et l’insécurité, la mobilisation communautaire pourrait jouer un rôle décisif dans la protection des civils et la limitation de nouvelles pertes humaines.
Trésor KAMAVU et Jean TOBIE OKALA



