
Dimanche, 8 février 2026-Créé par arrêté ministériel, le Comité de suivi et de gestion du stock stratégique (CSGSS) est au cœur d’une vive controverse. Les syndicats du ministère des Hydrocarbures dénoncent une structure jugée redondante, opaque et taillée sur mesure pour capter une part disproportionnée de la parafiscalité pétrolière, au détriment des agents de l’État et de la transparence financière.
Par arrêté du 29 octobre 2025, publié au Journal officiel, la ministre d’État en charge des Hydrocarbures, Acacia Bandubola, a institué le Comité de suivi et de gestion du stock stratégique (CSGSS).
Officiellement, cette structure est chargée de sécuriser un stock stratégique de 60 jours de produits pétroliers et de contribuer à la stabilisation des prix sur le marché.
Mais pour les organisations syndicales du secteur, la réalité est tout autre.
Le CSGSS concentre à lui seul les fonctions d’orientation, de coordination, de contrôle et de certification financière, une confusion des rôles que les syndicats qualifient de dangereuse et propice aux abus.
6 % de la parafiscalité pour le Comité, 1 % pour le collecteur
Au cœur de la polémique figure la parafiscalité dénommée « Effort de reconstruction et stock stratégique », perçue par la Direction générale des douanes et assises (DGDA).
Selon des sources internes concordantes, cette taxe génère environ 12 millions de dollars américains par mois.
Or, dénoncent les syndicalistes, 6 % de ces recettes — soit près de 720 000 USD mensuels — seraient affectés au fonctionnement du CSGSS, contre seulement 1 % accordé à la DGDA, pourtant collecteur officiel de la taxe.
« Un taux six fois supérieur, sans justification technique ni économique », fustigent-ils, estimant que ces fonds servent essentiellement à financer des primes parallèles au profit des ministres et des 16 membres du Comité.
Des agents laissés pour compte
Lors de leur assemblée générale de fin janvier 2026, dont les résolutions ont été transmises à la ministre le 30 janvier, la délégation syndicale du ministère des Hydrocarbures a exprimé une colère froide.
« Malgré l’intégration du ministère et l’augmentation significative des recettes pétrolières, les agents et cadres ne perçoivent toujours pas la prime de motivation issue de ces recettes. Pendant ce temps, un comité de 16 membres bénéficie d’un subside équivalent à 6 % de la parafiscalité. C’est une injustice flagrante et une contradiction avec la vision du Président de la République », dénonce la plateforme syndicale.
Des comptes bancaires sous surveillance
Les syndicats vont plus loin et pointent des comptes bancaires logés à Solidaire Banque, ouverts pour la gestion de cette parafiscalité, exigeant un contrôle approfondi des flux financiers.
Ils interpellent directement l’Inspection générale des finances (IGF) et l’Agence de prévention et de lutte contre la corruption (APLC), estimant que les indices d’un détournement voilé de fonds publics sont suffisamment graves.
En privé, la menace d’une grève d’ampleur nationale est clairement évoquée si aucune clarification n’est apportée.
Une architecture propice aux conflits d’intérêts
Pour plusieurs experts de l’administration publique, la création du CSGSS pose un problème de gouvernance majeur.
« La même autorité conçoit les orientations, préside la coordination, valide les décisions et certifie les montants.
Cette concentration est incompatible avec les principes de bonne gouvernance et ouvre la voie aux conflits d’intérêts », analysent-ils.
L’arrêté ministériel ne prévoit ni audit externe obligatoire, ni intervention de la Cour des comptes, ni publication régulière des procès-verbaux et états financiers.
Un comité stratégique ou un guichet de primes ?
Les syndicats estiment enfin que le CSGSS fait double emploi avec les administrations existantes — Hydrocarbures, Finances, cabinets ministériels — et qu’il s’agit d’une structure coûteuse et inutile, destinée à capter des ressources publiques au profit d’un cercle restreint.
« Le stock stratégique est vital pour le pays. Mais chaque dollar détourné de sa finalité est un jour de pénurie en puissance. Un comité stratégique ne doit pas devenir un guichet de primes », préviennent-ils.
Déterminés, les syndicalistes affirment être prêts à paralyser le secteur pour empêcher ce qu’ils considèrent comme une mainmise organisée sur une parafiscalité stratégique.
ITK



















