
Samedi, 7 février 2026-La réticence autrefois exprimée par les agents du Département des Ports Maritimes (DPM) de l’Office National des Transports (ONATRA) lors de la signature du contrat de concession attribué à la société Matadi Corridor Terminal Conteneurs (MCTC) semble aujourd’hui trouver un écho inquiétant dans les faits observés sur le terrain.
Ces agents accusent désormais ouvertement l’entreprise concessionnaire de violations répétées et délibérées des clauses contractuelles liées à la gestion de certains quais du port maritime international de Matadi.
Pour rappel, sur les dix (10) quais que compte le port de Matadi, cinq (5) ont été concédés à MCTC pour leur gestion et exploitation, conformément au contrat de concession en vigueur, tandis que les cinq (5) autres demeurent sous la gestion directe de l’ONATRA.
Cependant, depuis quelques jours, la société MCTC est accusée d’avoir outrepassé les limites contractuelles, en procédant, par des voies jugées détournées, à l’extension de ses quais vers l’amont du fleuve Congo, en direction de Matadi-Beach.
Cette manœuvre aurait pour conséquence directe de priver l’ONATRA de deux quais supplémentaires, réduisant ainsi son espace d’exploitation à seulement trois (3) quais.
Une situation vivement dénoncée également par la Congolaise des Voies Maritimes (CVM), l’entreprise publique chargée d’assurer la navigabilité, la sécurité et l’efficacité du bief maritime du fleuve Congo.
La CVM, dont les missions incluent le dragage, le balisage, les études hydrographiques et le pilotage des navires de haute mer, déplore une attitude qu’elle juge cavalière de la part des responsables de MCTC, lesquels se retrancheraient derrière le contrat de concession pour agir sans contrainte apparente.
Dans le milieu portuaire de Matadi, cette situation est qualifiée d’inadmissible et de loufoque, d’autant plus qu’elle est perçue comme une tentative manifeste de mettre l’ONATRA à genoux, voire de la conduire progressivement à une disparition programmée, au profit d’intérêts privés.
Face à ce qu’elle considère comme une menace existentielle pour l’entreprise et ses travailleurs, la délégation syndicale du Département des Ports Maritimes de l’ONATRA a décidé de hausser le ton.
Avant d’envisager des actions syndicales de grande envergure susceptibles de paralyser les activités de MCTC, elle a jugé opportun de saisir l’autorité provinciale.
Conduite par Issa Ngenga Lubendo, Président délégué principal, la délégation syndicale a été reçue en audience par le Vice-gouverneur de la province du Kongo Central, Prospère Ntela Ntambila.
Au cœur des échanges : la violation présumée des clauses du contrat de concession par MCTC, une situation qui compromet gravement l’avenir de l’ONATRA, met en péril les emplois de centaines d’agents et de leurs familles, et soulève de sérieuses interrogations quant à la souveraineté de l’État congolais sur ses installations portuaires stratégiques.
À l’issue de cette rencontre, le Vice-gouverneur Prospère Ntela Ntambila, après avoir écouté avec une attention soutenue les doléances exprimées, a appelé les agents à l’apaisement et à la retenue.
Il leur a toutefois assuré qu’il saisirait dans les plus brefs délais les autorités hiérarchiques compétentes afin de trouver des solutions idoines et durables à cette crise.
Dans l’immédiat, des instructions formelles auraient été données aux responsables de MCTC pour mettre un terme à toute initiative assimilable à une tricherie contractuelle.
Si la modernisation et la compétitivité des infrastructures portuaires congolaises demeurent un objectif louable et nécessaire, de nombreux observateurs estiment que le strict respect des contrats de concession doit rester la règle.
À défaut, préviennent-ils, des tensions sociales et des actes de vandalisme pourtant évitables pourraient survenir.
Le message est clair : le développement ne peut se faire au mépris de la loi, des institutions publiques et des travailleurs.
Dieudonné MUAKA DIMBI



