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Éducation : L’Université Congolaise en danger (Carte blanche de Steve Mbikayi) ! 

Mardi, 8 septembre 2026-L’information selon laquelle l’ensemble des étudiants inscrits en première année à la Faculté polytechnique de l’Université de Kinshasa aurait échoué interpelle profondément. Au-delà de l’émotion légitime qu’un tel résultat peut susciter, il convient d’en rechercher les causes et d’en tirer les enseignements. Lorsqu’un échec prend une telle ampleur, il serait intellectuellement commode, mais scientifiquement insuffisant, d’en imputer l’entière responsabilité aux seuls étudiants.

Un résultat aussi préoccupant doit plutôt être appréhendé comme le révélateur d’une crise plus profonde, située à l’intersection de plusieurs défaillances : celles de l’enseignement secondaire, de l’organisation de l’Examen d’État, de l’enseignement des disciplines scientifiques, de la pédagogie universitaire, de la sélection des étudiants et du financement de nos établissements d’enseignement supérieur.

La crise commence bien avant l’université

La première cause réside dans l’affaiblissement progressif du niveau de nombreux finalistes du secondaire. Il n’est malheureusement pas rare de voir des élèves obtenir des pourcentages particulièrement élevés à l’Examen d’État sans disposer, par la suite, des connaissances fondamentales que ces résultats sont censés attester.

Le problème n’est donc pas seulement celui du taux de réussite, mais surtout celui de la fiabilité de l’évaluation. Un diplôme n’a de valeur que s’il constitue la preuve d’une compétence effectivement acquise. Or, lorsque des résultats exceptionnellement élevés ne correspondent pas au niveau réel des bénéficiaires, c’est toute la crédibilité du système de certification qui se trouve fragilisée.

La fraude organisée ou tolérée dans certains centres de passation de l’Examen d’État constitue, à cet égard, une préoccupation majeure. Des pratiques telles que la circulation illicite des réponses, l’utilisation frauduleuse des téléphones et la complicité éventuelle de certains acteurs chargés de garantir la régularité des épreuves sont régulièrement dénoncées.

Le développement des moyens modernes de communication, notamment des applications de messagerie instantanée, a rendu certaines formes de fraude encore plus difficiles à contrôler. Ce phénomène, qui relève désormais d’un véritable secret de Polichinelle, mérite d’être combattu avec une rigueur absolue.

Depuis plus d’une décennie, nous appelons à une réforme profonde de l’Examen d’État. Lorsque nous assumions les fonctions de ministre de l’Enseignement supérieur et universitaire, nous avions déjà tiré la sonnette d’alarme sur les limites d’un système qui, dans sa configuration actuelle, ne garantit pas toujours une évaluation suffisamment rigoureuse des compétences réellement acquises par les candidats.

Cette position nous avait d’ailleurs valu de vives controverses avec certains responsables du secteur éducatif de l’époque. Mais le débat n’était pas et ne demeure pas une affaire de personnes. Il concerne l’avenir intellectuel de notre jeunesse et, par conséquent, celui de la Nation.

Il est, par ailleurs, révélateur de constater que certains élèves, après l’annonce de leur réussite, portent leurs responsables d’établissement en triomphe. Sans vouloir contester la légitimité de la reconnaissance envers les enseignants et les établissements, une interrogation mérite néanmoins d’être posée : si la réussite résulte exclusivement du travail et du mérite individuel de l’élève, pourquoi cette réussite est-elle parfois présentée comme la victoire personnelle des dirigeants de l’école ? Cette pratique traduit, dans certains cas, la pression exercée sur les établissements pour afficher des taux de réussite spectaculaires, parfois au détriment de la recherche de la qualité réelle de l’enseignement.

Repenser l’enseignement des mathématiques et des sciences

La deuxième cause concerne la manière dont les mathématiques sont enseignées dans notre système éducatif. Trop souvent, elles sont présentées comme une discipline essentiellement abstraite, détachée de ses applications concrètes et de son utilité dans la compréhension du monde contemporain.

Cette approche contribue à créer chez de nombreux élèves une forme de crainte, voire de rejet des mathématiques. Au lieu d’être perçues comme un instrument de raisonnement, de résolution de problèmes et de développement technologique, elles apparaissent comme une discipline hermétique réservée à une minorité.

Il en résulte un désintérêt croissant pour les filières scientifiques et technologiques, au profit des disciplines des sciences humaines et sociales. Pourtant, aucune nation ne peut véritablement prétendre au développement sans une masse critique de scientifiques, d’ingénieurs, de techniciens et de chercheurs capables de maîtriser les outils scientifiques et technologiques.

Il devient donc urgent de repenser la pédagogie des mathématiques et des sciences. Il ne s’agit évidemment pas de réduire leur niveau d’exigence, mais de mieux articuler la théorie et la pratique, l’abstraction et l’application, afin de permettre aux apprenants de comprendre le sens de ce qu’ils étudient.

C’est dans cette perspective que nous avions initié la Bourse de l’excellence et de la solidarité nationale, destinée notamment à encourager les étudiants qui choisissaient les filières scientifiques et technologiques. Ces étudiants pouvaient ainsi poursuivre leurs études dans des conditions financières plus favorables. Une question demeure : qu’est devenue cette initiative ?

L’université doit également s’interroger sur ses propres responsabilités

Il serait injuste d’imputer la totalité des échecs à la faiblesse des étudiants. L’université doit également accepter de s’interroger sur ses propres méthodes.

Lorsqu’une proportion importante d’étudiants échoue, et davantage encore lorsqu’une promotion entière est concernée, la responsabilité pédagogique de l’institution mérite nécessairement d’être examinée. La difficulté d’une formation ne saurait, à elle seule, constituer une justification suffisante à un échec massif.

Une institution universitaire ne se mesure pas à sa capacité à éliminer le plus grand nombre d’étudiants, mais à son aptitude à former, avec rigueur et exigence, ceux qui disposent des prérequis nécessaires et qui ont été régulièrement admis.

Il existe parfois, dans certains milieux universitaires, une conception selon laquelle la multiplication des échecs démontrerait le niveau élevé d’une faculté ou la rigueur exceptionnelle de ses enseignants. Cette conception est discutable. L’excellence ne consiste pas à rendre la réussite inaccessible ; elle consiste à élever le niveau des apprenants tout en leur donnant les moyens académiques et pédagogiques de progresser.

L’évaluation doit rester exigeante. Mais l’exigence académique ne doit jamais être confondue avec la mystification du savoir. Un cours volontairement rendu obscur ne produit pas nécessairement de meilleurs ingénieurs, de meilleurs scientifiques ou de meilleurs chercheurs.

Un autre paradoxe mérite réflexion : certains étudiants qui rencontrent de grandes difficultés dans certaines facultés de notre pays réussissent ensuite à poursuivre brillamment leurs études dans des universités étrangères de haut niveau. Sans généraliser, ce constat devrait nous conduire à examiner nos méthodes pédagogiques, nos conditions d’encadrement et nos mécanismes d’évaluation.

La question du renouvellement du corps académique mérite également d’être abordée avec sérénité. L’expérience des enseignants les plus anciens constitue un patrimoine précieux. Mais aucune institution universitaire ne peut durablement se développer sans préparer méthodiquement la relève.

C’est notamment dans cette perspective que nous avions initié une autre politique : la Bourse pour l’émergence du Congo. Son objectif était de permettre aux meilleurs diplômés des universités congolaises, particulièrement dans les domaines scientifiques et technologiques, de poursuivre leur formation dans de grandes institutions spécialisées à l’étranger, aux frais de l’État.

L’ambition était claire : permettre à notre pays d’acquérir des compétences de très haut niveau, de favoriser le transfert des connaissances et des technologies et de préparer progressivement une nouvelle génération d’enseignants et de chercheurs capables d’assurer la relève académique nationale.

Là encore, une question s’impose : quel sort a été réservé à cette initiative ?

La nécessaire sélection à l’entrée de l’université

Enfin, notre système universitaire souffre également d’un problème de sélection et d’orientation. L’université ne peut pas être considérée comme l’unique et obligatoire destination de tous les détenteurs d’un diplôme d’État.

Tous les jeunes ont droit à l’éducation et à la formation. Mais tous ne sont pas nécessairement appelés à suivre le même parcours. Une politique éducative moderne doit offrir une diversité de trajectoires : universités, instituts supérieurs, formations techniques et professionnelles, apprentissage des métiers et autres filières qualifiantes.

La massification de l’enseignement supérieur, lorsqu’elle n’est pas accompagnée de mécanismes sérieux de sélection, d’orientation et d’encadrement, risque d’affaiblir la qualité de la formation.

Les examens d’admission devraient donc jouer pleinement leur rôle. Or, leur efficacité peut être compromise par les contraintes financières auxquelles sont confrontées nos universités. Lorsqu’un établissement dépend largement des contributions des étudiants pour assurer son fonctionnement, il peut être tenté d’augmenter continuellement ses effectifs.

Dans ces conditions, l’étudiant risque progressivement d’être perçu non plus seulement comme un apprenant à former, mais également comme une source de financement indispensable à la survie de l’institution.

Cette logique est dangereuse. L’université ne peut être durablement réduite à une entreprise dont l’équilibre financier dépend exclusivement du nombre de ses clients.

L’État doit reprendre ses responsabilités

Pour restaurer à l’université congolaise ses lettres de noblesse, l’État doit assumer pleinement ses responsabilités.

Cela implique un financement plus conséquent et plus prévisible de l’enseignement supérieur, mais également une réforme du système éducatif dans son ensemble. La qualité universitaire ne peut être séparée de la qualité de l’enseignement primaire et secondaire. Une université ne peut réparer, en quelques années, toutes les insuffisances accumulées pendant plus d’une décennie de formation antérieure.

Il est donc nécessaire d’agir simultanément sur plusieurs fronts : assainir et moderniser l’Examen d’État, restaurer la crédibilité de l’évaluation scolaire, améliorer l’enseignement des mathématiques et des sciences, renforcer la sélection et l’orientation des étudiants, moderniser les méthodes pédagogiques universitaires, préparer la relève académique et doter les établissements d’enseignement supérieur des moyens nécessaires à leur mission.

L’enjeu dépasse largement le sort d’une faculté ou d’une promotion universitaire.

C’est l’avenir scientifique, technologique et intellectuel de la République qui est en jeu.

Une nation qui accepte la dégradation progressive de son système éducatif hypothèque inévitablement son avenir. Car aucune société ne peut durablement se développer avec des diplômes dépourvus de leur substance, des universités privées de moyens et une jeunesse insuffisamment préparée aux exigences du monde contemporain.

Sauver l’université congolaise, c’est donc investir dans la souveraineté intellectuelle et dans l’avenir même de notre pays.

L’université congolaise est en danger. Il est encore temps d’agir.

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