Mardi, 13 octobre 2026 — La gestion des frais académiques dans les établissements publics de l’Enseignement supérieur et universitaire (ESU) en République démocratique du Congo est au centre de préoccupations soulevées par une commission parlementaire. Dans un rapport présenté à l’Assemblée nationale le 7 octobre dernier, les députés relèvent plusieurs dysfonctionnements présumés dans la collecte, la gestion et la redistribution des recettes issues du minerval payé par les étudiants, mettant en cause le dispositif financier placé sous la responsabilité de la ministre de tutelle, Marie-Thérèse Sombo.
Au cœur de cette controverse figurent notamment la centralisation des recettes sur un compte unique géré par le cabinet ministériel, le manque de transparence dans les opérations financières et l’absence de rétrocessions dénoncée par plusieurs structures bénéficiaires.
Les conclusions rapportées soulèvent des interrogations sur la gestion des fonds collectés auprès des étudiants et sur le respect des mécanismes de répartition prévus au bénéfice des différents services du secteur universitaire.
Un compte unique au centre des critiques
Selon les éléments évoqués dans le rapport parlementaire, les recettes provenant des quotités du minerval, fixées à 10 dollars américains par étudiant et par an, sont désormais centralisées sur un compte géré par le cabinet de la ministre Marie-Thérèse Sombo.
Cette organisation aurait modifié le circuit de perception et de redistribution des fonds précédemment appliqué au sein du ministère. Le secrétaire général de l’ESU aurait expliqué que les recettes étaient auparavant versées sur un compte relevant de son service, chargé d’assurer leur répartition entre les différentes structures bénéficiaires.
Toutefois, depuis la mise en place du compte unique, ce responsable affirme n’avoir reçu qu’environ 20 millions de francs congolais. Il indique également ne pas disposer de justificatifs suffisants permettant de retracer précisément l’utilisation des sommes collectées.
Cette situation soulève des questions sur la traçabilité des recettes, le contrôle des mouvements financiers et les procédures mises en place pour garantir le reversement des fonds aux bénéficiaires.
Marie-Thérèse Sombo appelée à clarifier la gestion des recettes
La ministre de l’Enseignement supérieur, universitaire, recherche scientifique et innovations, Marie-Thérèse Sombo, se retrouve au centre des interrogations soulevées par la commission parlementaire.
Au cours de son audition, elle aurait reconnu avoir été induite en erreur par son cabinet concernant l’instauration du compte unique, selon les éléments rapportés dans le cadre de cette affaire.
Cette déclaration remet au premier plan la question du contrôle exercé sur le circuit financier du ministère et des responsabilités liées à la mise en œuvre de ce mécanisme.
Les interrogations portent notamment sur les raisons ayant conduit à la centralisation des fonds, les modalités de leur redistribution et l’absence de versements régulièrement dénoncée par plusieurs structures bénéficiaires.
La commission parlementaire s’intéresse également à la disponibilité des pièces justificatives permettant de vérifier les recettes perçues, les dépenses effectuées et les montants effectivement reversés.
À ce stade, les éléments rapportés appellent des éclaircissements sur le fonctionnement du dispositif et sur les responsabilités administratives éventuelles. Les accusations et constats évoqués ne constituent toutefois pas, à eux seuls, une décision judiciaire établissant une responsabilité personnelle de la ministre.
Plusieurs structures dénoncent l’absence de rétrocessions
Les difficultés de perception des quotités ne concerneraient pas uniquement le secrétariat général de l’ESU. Plusieurs organes du secteur universitaire affirment également être confrontés à des retards ou à une diminution importante des fonds qui leur sont destinés.
Le Conseil d’administration des universités (CAU) déplore la modification du mécanisme de redistribution et plaide pour le rétablissement d’un système permettant aux bénéficiaires de recevoir directement leurs quotités, avec des garanties suffisantes de transparence.
De son côté, le Conseil d’administration des instituts supérieurs pédagogiques (CA ISP) affirme n’avoir perçu que 4 000 dollars américains depuis la prise de fonctions de l’actuelle ministre, en juin 2024.
Cette structure réclame le paiement des sommes qui lui seraient dues et recommande un meilleur suivi des opérations effectuées sur le compte unique.
Le Conseil d’administration des instituts supérieurs techniques et technologiques (CA ISTAT) signale, pour sa part, ne plus recevoir ses quotités depuis 2025. Son président indique que les recettes de cette structure pouvaient auparavant atteindre 100 000 dollars américains.
Face à cette situation, il demande la suppression du compte unique et le retour à l’ancien mécanisme de perception et de redistribution.
Ces différentes déclarations mettent en évidence les préoccupations des structures concernées quant à la disponibilité des ressources nécessaires à leur fonctionnement.
La Commission permanente des études signale une forte baisse des recettes
La Commission permanente des études (CPE) fait également état d’une diminution importante de ses recettes depuis l’introduction du nouveau mécanisme financier.
Selon les chiffres rapportés, son taux de recouvrement serait passé de 72 % à 22,8 %, soit une baisse de 49,2 points de pourcentage.
Cette évolution suscite des interrogations sur les conséquences du système de centralisation des fonds et sur sa capacité à assurer une redistribution régulière des ressources.
Le Fonds de promotion de l’éducation et de la formation (FPEF), auquel revient une quotité de 5 dollars américains par étudiant, dénonce lui aussi une diminution de ses revenus.
Ce fonds soulève notamment des questions relatives à la conformité juridique du dispositif, en raison de sa situation administrative et de ses liens de tutelle.
D’autres services, dont ceux chargés des activités physiques et sportives universitaires, signalent également des difficultés à percevoir les ressources qui leur sont destinées. Les associations de professeurs expriment, elles aussi, des préoccupations concernant la gestion des recettes et le respect des règles applicables.
Le Parlement préconise le rétablissement d’un circuit transparent
Face aux dysfonctionnements signalés, la commission parlementaire recommande des mesures visant à renforcer le contrôle des recettes et à améliorer la transparence dans la gestion des fonds issus du minerval.
Parmi les pistes évoquées figurent la suspension du compte unique géré par le cabinet ministériel et le rétablissement des versements directs aux structures bénéficiaires.
La commission relève également la nécessité de mieux documenter les opérations financières, de disposer de données fiables sur les effectifs étudiants et de garantir une traçabilité suffisante des sommes collectées et redistribuées.
L’objectif est de s’assurer que les recettes issues des paiements des étudiants soient effectivement affectées aux structures auxquelles elles sont destinées, conformément aux dispositions applicables.
La mise en œuvre de ces recommandations pourrait contribuer à clarifier les responsabilités, à prévenir d’éventuelles irrégularités et à restaurer la confiance entre le ministère et les différents organes de l’ESU.
Une affaire qui relance le débat sur la gouvernance de l’ESU
Cette controverse intervient dans un contexte où la transparence dans la gestion des ressources publiques constitue un enjeu majeur pour le fonctionnement des établissements d’enseignement supérieur en RDC.
Les questions soulevées par la commission parlementaire placent désormais le ministère dirigé par Marie-Thérèse Sombo face à la nécessité de fournir des explications sur le fonctionnement du compte unique, les montants collectés et les modalités de redistribution des recettes.
Au-delà des responsabilités individuelles éventuelles, l’affaire met en lumière les faiblesses que peuvent engendrer un contrôle insuffisant des opérations financières et l’absence de justificatifs accessibles aux structures concernées.
La suite réservée aux recommandations parlementaires sera déterminante pour établir la situation exacte des fonds, identifier les éventuelles responsabilités et garantir que les bénéficiaires puissent percevoir les ressources qui leur reviennent.
En attendant des clarifications supplémentaires, la gestion des frais académiques demeure au cœur des interrogations sur la gouvernance financière du secteur de l’Enseignement supérieur et universitaire en République démocratique du Congo.


