Mercredi , 2 septembre 2026-Il y a des décisions qui engagent. Il y a des paroles qui obligent. Et puis il y a celles que l’on semble pouvoir prendre, abandonner et reprendre au gré des circonstances. Le cas de Jean-Jacques Tembele Buku interpelle précisément à ce niveau.
Dans une correspondance datée du 1er septembre 2026, adressée au Gouverneur de la ville de Kinshasa, le Coordonnateur de l’Agence provinciale pour le développement du numérique revient officiellement sur une décision de désistement prise la veille. L’intéressé écrit lui-même que, contrairement à sa lettre du 31 août 2026 portant désistement aux fonctions de Directeur Général Adjoint de la Direction Générale des Impôts Provinciaux de Kinshasa chargé des Questions Techniques et Opérationnelles, il confirme désormais « le retrait de sa décision de désistement ».
Autrement dit : le désistement aura tenu à peine le temps d’une journée.
Une volte-face qui pose question
Le plus troublant dans cette affaire n’est pas simplement le changement d’avis. Changer d’avis peut arriver à n’importe qui. Mais lorsqu’il s’agit d’une fonction publique de responsabilité, une décision de retrait ou de désistement n’est pas une déclaration anodine.
La question est donc légitime : que vaut une décision lorsqu’elle peut être abandonnée presque immédiatement après avoir été annoncée ?
Le document ne donne pas les raisons précises qui avaient conduit M. Tembele Buku à se désister le 31 août. Il ne permet donc pas d’affirmer ce qui a motivé ce premier choix. En revanche, il montre sans ambiguïté qu’il a ensuite décidé de revenir sur celui-ci et d’accepter à nouveau la nomination.
Cette volte-face donne une impression pour le moins embarrassante : celle d’une hésitation au sommet de la responsabilité.
Hier, le retrait. Aujourd’hui, l’acceptation
La chronologie est particulièrement révélatrice.
31 août 2026 : désistement aux fonctions.
1er septembre 2026 : retrait du désistement et acceptation de la nomination.
Dans sa nouvelle correspondance, M. Tembele Buku remercie même l’autorité pour le « renouvellement de la confiance » placée en sa personne.
Voilà qui rend la séquence encore plus difficile à comprendre.
Comment peut-on, en l’espace de quelques heures, passer du refus d’assumer une fonction à la gratitude pour la confiance renouvelée qui accompagne cette même fonction ?
La responsabilité publique exige pourtant autre chose qu’un jeu de recul et d’avancée.
Elle exige de la cohérence, de la stabilité et surtout une certaine gravité dans la parole donnée.
Une fonction publique n’est pas un bouton marche-arrêt
Ce qui est en cause ici dépasse la personne de M. Tembele Buku. C’est une certaine conception de la responsabilité publique qui mérite d’être interrogée.
Une haute fonction administrative ne devrait pas être traitée comme une porte que l’on ouvre aujourd’hui pour la refermer demain, avant de l’ouvrir à nouveau le lendemain.
Lorsqu’un responsable annonce son désistement, le public est en droit de penser que cette décision a été mûrement réfléchie. Lorsqu’il revient dessus presque aussitôt, il est tout aussi légitime de s’interroger sur la solidité de sa première décision.
À force de rétropédaler, on finit forcément par fragiliser sa propre crédibilité.
Et c’est précisément là que le bât blesse.
Le problème de la crédibilité
M. Tembele Buku affirme désormais qu’il « ne ménagera aucun effort » pour accompagner l’action du Gouverneur et contribuer à la transformation positive de la ville de Kinshasa, dans le respect de la vision du Chef de l’État.
Mais avant de parler d’efforts, de vision et de transformation, il faudrait peut-être commencer par une vertu plus élémentaire : la constance.
Car l’autorité ne repose pas uniquement sur un titre. Elle repose aussi sur la capacité d’un responsable à donner à ses décisions une certaine stabilité.
Une administration sérieuse ne peut fonctionner dans le brouillard des hésitations personnelles. Les institutions ont besoin de responsables capables de savoir où ils vont et pourquoi ils y vont.
Une reculade qui restera dans les mémoires
On pourra toujours présenter ce revirement comme une simple correction de trajectoire. On pourra aussi invoquer la réflexion, le dialogue ou l’évolution des circonstances.
Mais les faits demeurent : un désistement a été annoncé, puis officiellement retiré dès le lendemain.
C’est désormais écrit noir sur blanc.
Et cette trace documentaire risque de peser davantage que toutes les explications politiques ou administratives qui pourraient être avancées par la suite.
Car en politique comme dans l’administration, la mémoire des actes est souvent plus longue que celle des discours.
Cette affaire devrait surtout rappeler une chose à tous ceux qui exercent des responsabilités publiques : la parole engage.
On peut hésiter avant de décider. On peut réfléchir. On peut consulter. On peut même changer d’avis lorsque les circonstances le justifient.
Mais lorsqu’on occupe une fonction de responsabilité, il faut mesurer le poids de chaque décision avant de la rendre publique.
Sinon, le risque est grand de donner l’impression que la fonction prime sur la conviction, que l’opportunité l’emporte sur le principe et que la responsabilité devient une affaire de convenance.
Jean-Jacques Tembele Buku a finalement choisi de revenir sur son désistement et d’accepter la nomination. C’est son droit. Mais il lui appartient désormais de démontrer, par les actes et non par les formules protocolaires, que ce retour n’est pas une nouvelle hésitation mais une décision véritablement assumée.
Car après un tel rétropédalage, la confiance ne se réclame plus : elle se reconquiert.
ITK


