Jeudi, 25 juin 2026-Un nouveau développement vient de relancer l’un des contentieux fonciers les plus sensibles de ces dernières années à Kinshasa. Opposant l’ancien président de l’Assemblée nationale, Vital Kamerhe, à l’opposant Jean-Marc Kabund, le dossier de la parcelle située sur l’avenue de l’Enseignement a franchi une étape politique et institutionnelle majeure avec la saisine de la Première ministre par le ministre de la Justice et Garde des Sceaux, Guillaume Ngefa Atondoko Andali.
Dans un rapport daté du 9 juin 2026, dont notre rédaction a consulté le contenu, le ministre de la Justice retrace l’historique d’un dossier complexe mêlant acquisitions immobilières contestées, décisions judiciaires contradictoirement interprétées et difficultés d’exécution des jugements.
Selon ce document, l’origine du litige remonte à l’acquisition par Vital Kamerhe d’un bien immobilier enregistré au nom de sa belle-fille, Daïda Mpiana. Toutefois, les procédures engagées devant les juridictions compétentes auraient permis d’établir que le vendeur de cette propriété ne détenait pas un titre régulier sur le bien concerné.
Le certificat ayant servi de base à la transaction aurait été reconnu comme frauduleux au cours de l’instruction judiciaire.
Le rapport souligne que la justice s’est déjà prononcée à plusieurs reprises sur la question. Deux décisions judiciaires successives auraient confirmé la qualité de propriétaire légitime de Madame Makambo sur cette parcelle et ordonné l’annulation définitive du certificat d’enregistrement établi au nom de Daïda Mpiana.
À la suite de ces décisions, la propriétaire reconnue par la justice aurait procédé à la vente de la parcelle à Jean-Marc Kabund. Cette transaction est présentée dans le rapport comme ayant été réalisée conformément aux règles en vigueur.
Après son acquisition, l’ancien premier vice-président de l’Assemblée nationale aurait pris possession du site et y aurait installé le siège de son parti politique, l’Alliance pour le Changement (A.Ch).
Mais malgré les décisions rendues et les actes subséquents, le conflit demeure entier. Le document adressé à la Première ministre fait état d’une opposition persistante de Vital Kamerhe à l’exécution des jugements prononcés dans cette affaire.
Selon les conclusions rapportées par le ministre de la Justice, cette opposition interviendrait alors qu’aucun titre de propriété valide ne serait actuellement reconnu à la partie liée à l’acquisition initiale.
Cette situation place désormais le dossier au cœur d’un débat plus large sur l’autorité de la justice et l’exécution effective des décisions judiciaires en République démocratique du Congo.
Car au-delà du différend foncier lui-même, l’affaire met en présence deux personnalités de premier plan de la vie politique congolaise : d’un côté, Vital Kamerhe, ancien deuxième personnalité de l’État après le président de la République ; de l’autre, Jean-Marc Kabund, figure de l’opposition et ancien cadre influent de l’UDPS.
Dans son rapport, Guillaume Ngefa évoque un « problème de droit en suspens » dont la persistance justifie l’implication des plus hautes autorités gouvernementales.
Cette formulation laisse apparaître la sensibilité particulière du dossier, à un moment où la question du respect des décisions de justice demeure au centre des préoccupations de nombreux acteurs de la société civile et du monde judiciaire.
L’affaire n’est toutefois pas définitivement tranchée. Selon les informations contenues dans le document, le contentieux se trouve encore pendant devant les juridictions d’appel. En d’autres termes, la bataille judiciaire est loin d’avoir livré son dernier verdict.
Dans l’attente de l’issue de cette procédure, la transmission du dossier à la Première ministre témoigne de la dimension prise par ce litige qui dépasse désormais le simple cadre d’un conflit immobilier pour toucher aux questions de gouvernance, de sécurité juridique des transactions foncières et de respect de l’État de droit.
Alors que les regards se tournent désormais vers la justice et les autorités compétentes, une question demeure : les décisions déjà rendues seront-elles pleinement exécutées ou l’affaire connaîtra-t-elle un nouveau rebondissement judiciaire et politique ? Le dossier de l’avenue de l’Enseignement continue, en tout cas, de cristalliser les tensions et de susciter de nombreuses interrogations au sommet de l’État.
ITK


