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Accord de paix RDC–USA–Rwanda : Et si l’anglais devenait l’allié stratégique de notre émergence ? (Tribune) !

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Le 27 juin 2025 marque un jalon historique pour la République Démocratique du Congo. Après plus de trente années de conflits armés ayant causé des millions de morts et de déplacés, principalement dans sa partie orientale, notre pays a enfin tourné une page douloureuse de son histoire. Grâce à la médiation des États-Unis d’Amérique et sous l’impulsion du Président Donald Trump, un accord de paix trilatéral a été signé à Washington entre la RDC, le Rwanda et les USA.

Cet accord, fruit d’une diplomatie offensive conduite par le Président Félix Antoine Tshisekedi et sa ministre des Affaires étrangères, Son Excellence Thérèse Kayikwamba Wagner, consacre une nouvelle ère de coopération régionale et internationale, avec un accent sur la paix, l’intégrité territoriale, le droit humain international, la stabilité, l’intégration économique et le développement durable.

Mais au-delà de la paix militaire, il faut désormais penser la paix économique, sociale et culturelle. Et dans ce vaste chantier de reconstruction et de projection vers l’avenir, un élément fondamental reste trop souvent négligé : la langue.

Langue et développement : une équation incontournable

L’histoire mondiale enseigne que les grandes puissances se construisent autant avec des armes qu’avec des mots. La langue est un outil de pouvoir. Elle structure les idées, détermine l’accès à la connaissance, facilite les échanges et conditionne l’intégration dans les grands réseaux économiques et technologiques.

Aujourd’hui, l’anglais s’impose comme la lingua franca mondiale. Langue de la finance, des affaires, de la recherche, de la diplomatie, de la technologie, du commerce numérique et de l’innovation, il est parlé par près de 1,5 milliard de personnes, soit environ 16 % de la population mondiale. Il est la langue officielle ou véhiculaire dans plus de 75 pays.

Pendant ce temps, la RDC, vaste pays au cœur de l’Afrique *est* francophone, peine à s’intégrer pleinement dans cette dynamique anglophone, alors même que ses partenaires économiques, diplomatiques et commerciaux sont de plus en plus tournés vers l’anglais.

La Francophonie : un atout, mais aussi une limite ?

Être membre de la Francophonie est un héritage historique et culturel dont nous pouvons être fiers. La langue française est belle, précise, riche. Mais elle n’est pas toujours fonctionnelle dans les milieux de l’innovation technologique, des négociations commerciales ou de la coopération militaire multinationale.

Ce constat n’appelle pas au rejet de la Francophonie, mais à une ouverture stratégique. Il ne s’agit pas de choisir entre le français et l’anglais, mais d’adopter une posture bilingue proactive, où le français reste notre langue d’administration et de culture, et l’anglais notre langue d’opportunités.

L’anglais comme moteur de compétitivité nationale

L’accord RDC-USA-Rwanda signé à Washington en juin 2025 est une formidable opportunité de refonte stratégique. Il prévoit notamment un cadre d’intégration économique régionale. Cela suppose des partenariats avec des entreprises américaines, des institutions internationales, des plateformes technologiques, des consortiums anglophones… Or, quelle sera la langue de travail de ces nouveaux partenariats ? Incontestablement : l’anglais.

Dès lors, la RDC doit faire de l’anglais un outil de souveraineté et de compétitivité. Cela passe par :

L’introduction de l’anglais dès l’école primaire, de manière intensive et adaptée ;

La création de centres de formation professionnelle en anglais dans toutes les provinces ;

La bonification des carrières administratives pour les agents publics bilingues ;

L’obligation de compétences en anglais pour les postes stratégiques dans la fonction publique et les entreprises d’État ;

Le soutien aux médias, entreprises et institutions qui promeuvent le bilinguisme.

L’avenir linguistique de la RDC : une question de choix politique

Aujourd’hui, il faut poser la question sans tabou : voulons-nous rester à la périphérie de l’économie mondiale ou devenir des acteurs à part entière ? Le choix linguistique est un choix politique. Il conditionne notre rapport à la modernité, à l’innovation, à la science, à la diplomatie, à la défense.

Adopter l’anglais, ce n’est pas renier notre identité francophone. C’est étendre nos capacités d’agir, pour que nos chercheurs publient dans les meilleures revues scientifiques, pour que nos jeunes accèdent à la formation internationale en ligne, pour que nos entrepreneurs congolais vendent sur les marchés étrangers, pour que nos diplomates influencent les forums mondiaux.

Conclusion : un réveil linguistique pour une véritable émergence

La paix est désormais possible. L’intégration économique est en marche. Mais il nous faut un sursaut linguistique, sans quoi nous risquons de rater cette fenêtre historique.

Ce n’est pas seulement l’Est du Congo qu’il faut reconstruire, c’est tout l’écosystème cognitif, technologique et commercial de la nation. Et cela commence par un changement d’état d’esprit : intégrer l’anglais comme moteur de notre avenir.

La question n’est donc pas “Faut-il abandonner le français ?” mais plutôt “Pouvons-nous nous permettre d’ignorer l’anglais encore longtemps ?”

Le monde bouge. Il est temps que le Congo parle aussi le langage du monde.

Par Yannick MASUANGA DILUAFU
Revenue Manager chez Congo Airways – CEO de YEBA SARL

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