Okapinews.net
DéveloppementPolitiqueUne

Afrique : L’échec d’une démocratie importée (94ème Tribune de Steve Mbikayi) !

publicite-candidat

Dimanche, 13 avril 2024-Un peuple qui tourne le dos à ses traditions tourne le dos à lui-même dixit Aimé Césaire. L’Afrique, bien qu’indépendante juridiquement, demeure prisonnière d’un modèle politique qui lui est étranger. Contrairement à certaines nations asiatiques jadis colonisées, la Chine dominée un temps par le Japon, l’Inde par la Grande-Bretagne ou encore le Vietnam sous l’empire colonial français qui, une fois libres, ont su préserver leur âme, leurs langues ,leurs cultures ,leur vision du monde et leur organisation politique, l’Afrique a souvent cédé à la tentation du reniement de soi.

Là où l’Asiatique a réinvesti sa tradition pour bâtir une modernité enracinée, l’Africain a choisi de reléguer ses valeurs au second plan, de tourner le dos à son organisation politique authentique et d’importer, sans adaptation ni introspection, la conception politiques du colonisateur.

Prenons l’exemple de la Chine, dont le système de gouvernance centralisé, fondé sur sa culture millénaire, est souvent critiqué par les démocraties occidentales.

Pourtant, c’est ce même modèle, assumé et maîtrisé, qui lui permet aujourd’hui de tenir tête aux puissances occidentales, d’imposer sa vision du monde, de gagner la bataille technologique, économique et géopolitique.
L’identité assumée est une force.

En Afrique, ce mimétisme constitutionnel de nos constitutionnalistes souvent inadapté à nos réalités, engendre des crises récurrentes. Au lieu de résoudre les problèmes de gouvernance, les élections deviennent le terreau de nouveaux conflits :accusations de fraudes, rebellions armées, contestations interminables, sabotages politiques, assassinats ciblés…

Les exemples abondent .
En Côte d’Ivoire, la crise post-électorale de 2010 a fait plus de 3 000 morts;
En Kenya, les élections de 2007 ont débouché sur des violences interethniques meurtrières.

En RDC ,les cycles électoraux ont souvent été suivis de périodes d’instabilité aiguë. 2006 , 2011 , 2018 , 2023.

Ces drames trouvent en partie leur source dans un système politique importé, coupé des réalités sociales africaines. Pourtant, l’Afrique n’a pas attendu le copier coller des Constitutions occidentales pour s’organiser. Nos royaumes traditionnels connaissaient une structuration sociale cohérente, un pouvoir légitime, souvent sacralisé, mais aussi participatif.

L’arbre à palabres fut un véritable parlement populaire, ouvert à tous, sans exclusion, où les affaires de la cité se réglaient.

Pourquoi alors avoir troqué ce modèle d’équilibre contre une démocratie de confrontation, où chacun veut être calife à la place du calife ? Où perdre une élection équivaut à s’auto-proclamer victime d’un complot ? Où gagner, c’est chercher à humilier, exclure, réduire l’autre au silence ?

Il est temps de penser autrement. Il est temps d’africaniser nos constitutions, non pour rejeter en bloc les apports de la modernité, mais pour les adapter à nos valeurs, à nos réalités. Inspirons-nous de nos traditions pour imaginer une démocratie d’intégration, où les forces politiques significatives issues des élections participent toutes, dans une certaine mesure, à l’exercice du pouvoir.

Imaginons un système où les vainqueurs des urnes gouvernent avec autorité, mais où les perdants ne sont pas relégués à l’opposition stérile. Appelons-les plutôt “forces minoritaires”, actrices de la vie publique, dotées d’un quota institutionnel et participant à l’organisation des élections. Cela favoriserait la transparence, limiterait les tensions et renforcerait la redevabilité mutuelle.

Ce modèle consensuel ne serait pas une régression, mais un recours à l’esprit de nos traditions, modernisé et constitutionnalisé. Il permettrait à nos pays de sortir de la logique de la guerre politique permanente, de créer un espace d’action collective pour répondre aux attentes pressantes des peuples: sécurité, emploi, santé, éducation, justice.

Qu’en pensez-vous ?

publicite-candidat

Liens Pertinents