
Mercredi, 3 septembre 2025-L’affaire Mutamba restera sans doute comme l’un des procès les plus emblématiques de cette époque marquée par la confusion entre justice et communication politique. En condamnant l’ancien ministre de la Justice à trois ans de travaux forcés pour détournement de fonds, les magistrats ont voulu frapper fort. Mais en réalité, cette décision soulève plus de questions qu’elle n’apporte de réponses.
Car si Mutamba a commis des fautes graves dans la gestion des marchés publics, il est loin d’avoir été le seul acteur dans cette vaste opération. Or, ce qui frappe, c’est que les autres protagonistes cités dans le dossier semblent avoir disparu comme par enchantement du radar judiciaire.
Un procès à zones d’ombre
Plusieurs indices troublants nourrissent le soupçon d’une justice à géométrie variable :
En avril 2025, Willy Musheni, cousin direct de Jules Alingete, revend ses actions comme s’il savait déjà que la tempête allait s’abattre. Comment expliquer une telle anticipation ? Était-il informé de l’enquête avant même que la justice ne s’en empare ?
Mme Inamahoro, cadre de la Rawbank, connue pour sa proximité avec l’ex-inspecteur général des finances, disparaît au moment même où l’affaire éclate. Une disparition qui ressemble plus à une fuite organisée qu’à un simple hasard.
Ces éléments dessinent un schéma inquiétant : celui d’un procès où l’on désigne un seul coupable, pendant que d’autres, mieux protégés, échappent au filet.
Le passif compromettant d’Alingete
Le nom de Jules Alingete revient avec insistance. Celui qui a longtemps incarné l’IGF n’en est pas à sa première controverse. Sa carrière est jalonnée de dossiers où le doute domine : le scandale Daco-Rawji, dans lequel l’IGF a été accusée de fermer les yeux sur certaines pratiques de fraude fiscale ; les 29 millions de dollars de jetons de présence à la Sicomines, dont une partie aurait disparu dans les circuits opaques du contrôle financier ; et plus généralement, une pratique du contrôle où l’IGF servait davantage de bras armé politique que de véritable organe impartial au service de la bonne gouvernance.
Difficile, dans ces conditions, de comprendre comment un tel personnage a pu rester à l’écart des poursuites. Beaucoup y voient la preuve qu’un cercle d’intouchables s’est constitué, se protégeant mutuellement pour préserver leurs intérêts.
Face aux critiques, certains ont trouvé une nouvelle cible : Nicolas Kazadi, ancien ministre des Finances.
On tente désormais de l’associer à l’affaire Mutamba, comme si son implication était évidente.
Or, la loi congolaise est formelle : un ministre des Finances n’exécute pas les dépenses publiques. Il se limite à constater, liquider et ordonner.
Autrement dit, le mettre dans le même sac que Mutamba relève d’une pure manipulation politique.
On crée un faux parallèle pour salir son image et détourner l’attention de ceux qui ont réellement conçu et orchestré l’opération frauduleuse.
La mécanique du populisme judiciaire…
Ce procès révèle une logique dangereuse : celle d’une justice qui ne cherche pas la vérité mais la commodité politique.
Mutamba endosse le rôle du coupable officiel, la figure sacrificielle qu’on montre à l’opinion pour prouver que « la justice fonctionne ».
Kazadi devient l’épouvantail médiatique, une cible facile qu’on tente de discréditer, même sans preuves solides.
Alingete, quant à lui, échappe à toute poursuite malgré ses lourds antécédents, protégé par des réseaux invisibles.
C’est une justice sélective, qui punit certains, blanchit d’autres et crée artificiellement des débats pour occuper l’opinion publique.
*Une justice en perte de crédibilité*
La conséquence est grave : loin de renforcer la confiance des citoyens, ce procès accentue le sentiment d’injustice et d’impunité sélective.
La population comprend que la lutte contre la corruption n’est pas menée de manière impartiale, mais selon des calculs politiques.
En réalité, il ne s’agit plus de justice mais de populisme judiciaire : un théâtre où l’on condamne un homme, salit un autre et protège les vrais responsables. Une mise en scène qui dessert la République et affaiblit l’idée même d’État de droit.
Christophe BONGONGO EBENGO



