Jeudi, 27 août 2026-Le président Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo a officiellement annoncé le lancement d’un « dialogue national pour la paix, la cohésion et la refondation de l’État ». Présenté comme une initiative souveraine, conçue et conduite par les Congolais, le processus doit commencer par des consultations dans les 26 provinces avant la tenue d’assises nationales à Kinshasa, pour une durée maximale de trois mois. Le chef de l’État assure qu’il ne s’agira ni d’une négociation avec l’AFC/M23, ni d’une remise en cause des institutions ou des résultats de l’élection de 2023.
Le président de la République veut donner une nouvelle dimension à la recherche de la paix en République démocratique du Congo. Dans une adresse à la nation consacrée aux crises qui traversent le pays, Félix Tshisekedi a officiellement lancé un dialogue national pour la paix, la cohésion et la refondation de l’État, qu’il présente comme une réponse aux fractures profondes qui persistent dans la société congolaise et aux échecs successifs des mécanismes de règlement des crises.
L’annonce intervient alors que la RDC demeure confrontée à une grave crise sécuritaire dans sa partie orientale, après trois décennies de conflits et de violences. Pour le chef de l’État, cette situation ne peut plus être considérée comme une crise conjoncturelle.
« Ce n’est plus une crise passagère, c’est une génération entière qui est décimée », a-t-il déclaré, appelant les Congolais à dépasser leurs clivages habituels et à transformer les épreuves actuelles en une opportunité de reconstruction nationale.
Un dialogue voulu comme une initiative congolaise
Félix Tshisekedi entend d’abord distinguer son initiative des précédents processus de paix qui ont jalonné l’histoire politique du pays.
Dans son analyse, plusieurs dialogues et accords ont permis de sortir de certaines crises, de restaurer les institutions ou de rouvrir la voie démocratique.
Mais beaucoup de ces processus auraient, selon lui, souffert de faiblesses structurelles : priorité donnée au partage du pouvoir, faible appropriation populaire des accords et absence de mécanismes suffisamment contraignants pour garantir leur mise en œuvre.
Le président résume cette dernière faiblesse par une formule : « la signature a été confondue avec l’action ».
Le nouveau dialogue doit donc, selon lui, rompre avec cette logique. Il ne devra pas simplement déboucher sur des engagements politiques, mais sur un mécanisme permettant d’identifier les responsabilités, de fixer des échéances et de mesurer les résultats.
L’objectif affiché est ainsi plus large qu’un simple règlement de la crise sécuritaire : il s’agit de s’attaquer aux causes profondes des crises récurrentes de la République démocratique du Congo, de renforcer les institutions et de reconstruire la cohésion nationale.
Une architecture en deux temps : provinces puis assises nationales
L’une des principales caractéristiques annoncées du processus réside dans sa méthode.
Avant la tenue des assises nationales, le chef de l’État prévoit de vastes consultations dans les 26 provinces du pays.
Ces consultations doivent réunir les populations, les autorités locales, les élus, les formations politiques, les organisations de la société civile, les autorités coutumières, les confessions religieuses ainsi que d’autres composantes de la société.
L’objectif est d’établir, province par province, un diagnostic des problèmes auxquels les populations sont confrontées et de faire remonter leurs attentes au niveau national.
Les contributions recueillies devront ensuite être regroupées dans un document de synthèse nationale, destiné à servir de base aux discussions des assises nationales.
Cette démarche constitue, dans le discours présidentiel, une réponse directe aux critiques formulées contre les précédents accords de paix, souvent négociés loin des populations concernées.
« Le peuple congolais ne sera pas appelé à entériner les conclusions d’une négociation menée sans lui », a insisté Félix Tshisekedi.
Le président veut ainsi donner au processus un ancrage populaire et territorial, en faisant des consultations provinciales une étape préalable aux discussions nationales.
Des assises nationales à Kinshasa pour une durée maximale de trois mois
Après la phase provinciale, le dialogue se poursuivra à Kinshasa, où seront organisées les assises nationales.
Félix Tshisekedi a fixé une durée maximale de trois mois pour l’ensemble du processus national annoncé.
Cette limitation dans le temps répond à une volonté affichée d’éviter que le dialogue ne se transforme en processus interminable ou en instrument de blocage institutionnel.
Le chef de l’État entend également encadrer rigoureusement les travaux afin d’éviter les manœuvres dilatoires et les négociations sans fin.
Le processus devra donc être suffisamment inclusif pour permettre l’expression des différentes sensibilités, mais également suffisamment structuré pour aboutir à des décisions concrètes.
Un comité d’organisation avant la convocation formelle
La mise en place du dialogue ne devrait pas être immédiate dans sa phase opérationnelle.
Félix Tshisekedi a annoncé la signature prochaine d’une ordonnance instituant un comité chargé de l’organisation du dialogue national.
Ce comité aura notamment pour mission de préparer les aspects administratifs, matériels et logistiques du processus.
Il devra ensuite remettre au président de la République un rapport préliminaire.
Sur la base de ce rapport, une seconde ordonnance devra formellement convoquer le dialogue et préciser ses principes directeurs, ses différentes étapes, les modalités de représentation des participants ainsi que les mécanismes destinés à assurer le suivi des conclusions.
L’architecture annoncée est donc progressive : mise en place du comité, consultations provinciales, synthèse nationale, assises à Kinshasa, puis adoption et mise en œuvre des conclusions.
Qui pourra participer au dialogue ?
Le président a défendu une conception inclusive du dialogue, sans toutefois retenir une participation sans limites.
Les consultations et les assises doivent notamment associer les institutions de la République, les forces politiques et sociales, les confessions religieuses, les autorités coutumières, les milieux scientifiques, la société civile et différentes personnalités nationales.
Les confessions religieuses devraient notamment jouer un rôle important en raison de leur autorité morale et de leur proximité avec les populations.
Mais cette volonté d’inclusion connaît une limite majeure : les groupes qui combattent l’ordre constitutionnel par les armes ne seront pas admis comme composantes politiques du dialogue.
L’AFC/M23 exclu du processus politique
Félix Tshisekedi a explicitement exclu du dialogue les mouvements qui, selon ses termes, combattent par les armes les institutions de la République, occupent une partie du territoire national, administrent illégalement des entités congolaises ou agissent au service d’une puissance étrangère.
Cette disposition vise explicitement l’AFC/M23.
Le président a voulu établir une distinction entre le dialogue politique national et les processus destinés à mettre fin aux hostilités dans l’Est du pays.
Sa position est sans ambiguïté : une conquête militaire ne pourra pas être transformée en légitimité politique par le biais du dialogue national.
L’exclusion de l’AFC/M23 ne signifie toutefois pas, dans la présentation présidentielle, que toute perspective de règlement politique ou de réintégration soit fermée. Le chef de l’État a parallèlement évoqué les mécanismes de désarmement, démobilisation, réintégration, relèvement communautaire et stabilisation, ainsi que les dispositifs de justice et de réconciliation.
Un dialogue qui ne remettra ni en cause les institutions ni les résultats de 2023
Autre ligne rouge posée par Félix Tshisekedi : le dialogue ne devra pas servir à remettre en cause l’ordre institutionnel actuel.
Le président a précisé qu’il ne s’agissait ni de renégocier le scrutin de 2023, ni de suspendre les institutions de la République.
Les institutions continueront, selon lui, à exercer leurs prérogatives jusqu’au terme constitutionnel de leurs mandats.
Cette précision vise à empêcher que le dialogue soit assimilé à une transition politique ou à une nouvelle négociation sur la légitimité issue des dernières élections générales.
Le chef de l’État veut ainsi présenter le processus comme un mécanisme de refondation de l’État sans rupture de l’ordre constitutionnel.
Washington et Doha : deux processus distincts du dialogue national
Félix Tshisekedi a également veillé à distinguer son initiative nationale des processus diplomatiques engagés parallèlement pour mettre fin à la crise dans l’Est.
Il a évoqué notamment les processus de Washington et de Doha, ainsi que les efforts de médiation de l’Union africaine, avec l’appui de la CIRGL, de la SADC, de l’Union européenne et des Nations unies.
Selon sa présentation, le processus de Washington concerne principalement la dimension interétatique du conflit entre la RDC et le Rwanda, tandis que celui de Doha porte notamment sur la cessation des hostilités avec l’AFC/M23, les mécanismes de vérification et l’accès humanitaire.
Pour le président congolais, ces démarches diplomatiques sont indispensables mais ne peuvent, à elles seules, régler l’ensemble des problèmes du pays.
Le dialogue national doit donc intervenir sur un autre terrain : celui des fractures internes, de la cohésion nationale et du fonctionnement de l’État.
Un accompagnement international, mais sous conduite congolaise
Tout en insistant sur le caractère souverain du dialogue, Félix Tshisekedi sollicite le soutien des partenaires internationaux.
Il a notamment cité les États-Unis, le Qatar, l’Union africaine et l’Union européenne, auxquels il demande un accompagnement « ferme et constant ».
Cet accompagnement devra contribuer, selon lui, au retrait des troupes rwandaises du territoire congolais, au dépôt des armes par l’AFC/M23 et à l’aboutissement des processus diplomatiques de Washington et de Doha.
Le président cherche ainsi à articuler deux dimensions : une conduite nationale du dialogue et un appui international aux efforts de paix et de sécurisation.
Décrispation politique et appel à la réconciliation
Le dialogue annoncé ne sera pas limité aux questions institutionnelles ou sécuritaires.
Félix Tshisekedi a également annoncé des mesures de décrispation politique, demandant au gouvernement de travailler, avec les institutions compétentes et dans le respect de la séparation des pouvoirs, à des mesures destinées à restaurer la confiance.
Il a toutefois posé deux conditions : la préservation de l’indépendance de la justice et la garantie des droits des victimes.
Le président a parallèlement lancé un appel à ceux de ses compatriotes qui se sont éloignés de l’unité nationale en raison des crises récentes.
Il les a invités à « renouer avec la République » et à reprendre leur place au sein de la communauté nationale.
Cette ouverture est toutefois accompagnée d’une réserve fondamentale : la réconciliation ne devra pas signifier l’effacement des crimes les plus graves.
Pas d’amnistie générale pour les crimes les plus graves
Sur ce point, le chef de l’État a voulu établir une distinction entre réconciliation et impunité.
Les combattants qui renonceront à la violence pourront être pris en charge dans le cadre des mécanismes de désarmement, démobilisation, réintégration et stabilisation.
Mais cette perspective ne concernera pas indistinctement les auteurs de crimes graves.
Félix Tshisekedi a exclu toute amnistie générale couvrant les crimes de guerre, les crimes contre l’humanité, les actes de génocide et les violences sexuelles graves.
La formule présidentielle est claire : « la paix ne saurait signifier l’impunité ».
Le processus de réconciliation devra donc, selon cette approche, chercher un équilibre entre la nécessité de réintégrer ceux qui renoncent à la violence et celle de rendre justice aux victimes.
Le dialogue doit finalement déboucher sur un pacte national pour la paix, la cohésion et la refondation de l’État.
Ce pacte devra être accompagné d’une matrice politique précisant les engagements de chaque institution, le calendrier d’exécution et les résultats attendus.
Le président veut également instaurer un mécanisme de suivi assorti de rapports publics périodiques.
Cette dimension constitue l’un des éléments les plus importants de son discours : il ne s’agirait plus seulement de parvenir à un accord, mais de pouvoir vérifier publiquement son exécution.
L’enjeu sera donc de transformer les conclusions du dialogue en obligations concrètes pour les institutions concernées.
Une réponse à trois décennies de crises
Au-delà de la crise actuelle dans l’Est, le discours de Félix Tshisekedi s’inscrit dans une lecture plus large de l’histoire politique congolaise.
Le président a rappelé les différentes crises ayant marqué la République démocratique du Congo depuis l’indépendance, de la sécession katangaise aux guerres successives dans l’Est.
Il estime que la persistance de ces crises révèle des fragilités qui dépassent la seule question sécuritaire.
Le partage du pouvoir comme moyen privilégié de sortie de crise, l’insuffisante appropriation populaire des accords et l’absence de mécanismes efficaces d’exécution constituent, selon lui, des facteurs qui ont contribué à reproduire les mêmes problèmes.
À cela s’ajoute une autre réalité reconnue par le chef de l’État : dans l’histoire congolaise, la violence a parfois permis d’accéder au pouvoir plus rapidement que le mérite ou le suffrage universel.
Les victimes, a-t-il également reconnu, ont souvent été invitées à pardonner avant d’avoir été pleinement entendues, reconnues et réparées.
Cette reconnaissance du passé constitue, dans son discours, le point de départ d’une nouvelle approche.
Avec le lancement officiel du dialogue, Félix Tshisekedi ouvre désormais une nouvelle séquence politique.
Le véritable test ne sera toutefois pas uniquement celui de l’annonce, mais celui de la mise en œuvre.
Il faudra notamment déterminer la composition exacte du comité d’organisation, les critères de représentation, le calendrier précis des consultations dans les 26 provinces, les modalités de sélection des participants aux assises nationales et le contenu des principes directeurs qui seront fixés par ordonnance.
Il faudra également déterminer comment articuler concrètement ce dialogue avec les processus de Washington et de Doha, les mécanismes de justice, les programmes de désarmement et les institutions existantes.
Le chef de l’État a voulu donner à son initiative une ambition historique : faire du dialogue non pas une nouvelle parenthèse dans la longue succession des crises congolaises, mais un instrument de transformation durable de l’État.
La promesse est donc considérable : trois mois maximum pour faire remonter les attentes des 26 provinces, réunir les différentes composantes de la nation à Kinshasa, élaborer un pacte national, fixer des engagements mesurables et mettre en place un mécanisme public de suivi.
Reste désormais à savoir si cette architecture parviendra à éviter les écueils que Félix Tshisekedi lui-même a identifiés dans les précédents processus de paix : les arrangements politiques de circonstance, les accords sans appropriation populaire et surtout l’écart entre les engagements signés et leur exécution.
C’est sur ce terrain que se jouera la crédibilité du nouveau dialogue national pour la paix, la cohésion et la refondation de l’État.
ITK


