Samedi, 25 juillet 2026-Le député national Steve Mbikayi Mabuluki lève un pan du voile sur les coulisses de l’implosion du Front Commun pour le Congo (FCC). Dans une carte blanche publiée sous le titre « La marginalisation en question », l’ancien membre de la Conférence des présidents du FCC affirme avoir multiplié les mises en garde avant l’éclatement de la coalition FCC-CACH, tout en révélant ses derniers échanges directs avec l’ancien Président Joseph Kabila.
Selon Steve Mbikayi, alors que les dirigeants du FCC étaient convaincus qu’une rupture avec le CACH permettrait à leur famille politique de conserver la majorité parlementaire et la Primature dans le cadre d’une cohabitation avec le Président Félix Tshisekedi, lui estimait qu’un tel scénario était politiquement irréaliste.
« Le Président de la République, détenteur de la légitimité nationale et Chef des armées, ne pouvait durablement exercer une magistrature réduite à une simple fonction d’arbitrage », soutient-il, affirmant avoir prédit qu’une rupture provoquerait inévitablement une recomposition politique défavorable au FCC.
Steve Mbikayi révèle qu’à l’approche de cette rupture, il avait proposé une stratégie radicalement différente : accepter la main tendue du Chef de l’État et intégrer collectivement l’Union sacrée afin de préserver le poids politique du FCC. Selon lui, cette option aurait permis à la plateforme de conserver une influence déterminante au sein de la majorité présidentielle, voire de garder la Primature.
L’élu de Mont-Amba affirme également avoir longuement échangé avec Joseph Kabila sur cette question. Il soutient que l’ancien Chef de l’État avait donné un accord de principe pour examiner cette possibilité avant de lui demander d’en discuter avec Raymond Tshibanda, alors président du comité de crise du FCC. Mais cette proposition se serait heurtée à une autre vision stratégique, consistant à rejoindre l’opposition pour préparer les élections de 2023.
Steve Mbikayi explique avoir contesté cette analyse, estimant que, dans le contexte politique africain, une opposition fondée uniquement sur un discours critique avait peu de chances de renverser une majorité au pouvoir. Il affirme avoir averti que ce choix conduirait au dépérissement progressif du FCC, une prédiction qu’il considère aujourd’hui comme confirmée par les faits.
L’ancien ministre indique qu’il a finalement quitté individuellement le FCC après avoir tenté, pendant plusieurs mois, de convaincre ses collègues. Il précise avoir informé Joseph Kabila de sa décision avant son départ, par « élégance politique ».
Au-delà des événements ayant conduit à la désintégration du FCC, Steve Mbikayi revient également sur ce qu’il qualifie de « marginalisation » au sein de sa famille politique. Il précise que ce terme ne renvoie pas à l’absence de nominations ou de responsabilités officielles, mais plutôt au manque de considération accordé à certaines idées dans le processus décisionnel.
Pour illustrer son propos, il cite notamment son plaidoyer en faveur d’une révision de la Constitution dès 2020, une initiative qui avait permis de recueillir plus de cent mille signatures avant d’être, selon lui, ignorée. Il rappelle également avoir proposé en 2022 un référendum constitutionnel couplé aux élections générales de 2023, une idée qui n’avait pas été retenue mais qui, observe-t-il, occupe aujourd’hui une place importante dans le débat politique national.
À travers cette carte blanche, Steve Mbikayi dresse ainsi le portrait d’un dirigeant convaincu d’avoir anticipé la chute du FCC et dont les recommandations, écartées à l’époque, trouvent selon lui un écho plusieurs années plus tard.
Ses révélations remettent sur la table les débats autour des choix stratégiques opérés au sein de l’ancienne majorité de Joseph Kabila, à un moment décisif de la vie politique congolaise.
ITK


