Vendredi, 23 octobre 2026-Trois hommes, trois parcours, une même sentence. Joseph Kabila, Corneille Nangaa et Sultani Makenga sont tous frappés d’une condamnation à mort. Certains subissent, en outre, des sanctions américaines. Leur liberté demeure étroitement corsetée ; le monde ne leur est plus ouvert ; seuls quelques pays africains qui soutiennent leur entreprise leur offrent encore une porte.
Plutôt que de finir dans une geôle de Kinshasa ou de comparaître devant la CPI, ils ont choisi de s’enfermer eux-mêmes dans une prison à ciel ouvert : les territoires congolais occupés. Ils y cherchent un refuge. Ils y entraînent d’autres destins.
On peut comprendre le désarroi de ces hommes sans justifier leur entreprise. Une expression en lingala en traduit la logique : « Soki na zui manduki, na kokufa. Soki na zui manduki te, na kokufa. Soki boye, na zua kaka manduki bongo nakufa. » En d’autres termes : que je prenne les armes ou non, je mourrai ; autant les prendre et mourir en combattant.
C’est la logique du désespoir. Lorsqu’on croit n’avoir plus rien à perdre, le pire lui-même finit par prendre les apparences d’une issue. Mais ce qui explique un choix ne suffit pas à le rendre raisonnable. Encore moins à en faire une voie à suivre.
Car notre préoccupation est ailleurs. Elle concerne ceux qui les suivent. Ceux qui hésitent. Ceux qui, déçus, frustrés, impatients ou par naïveté, préparent déjà leurs valises pour les rejoindre.
Eux ne sont pas condamnés à mort. Pourquoi lieraient-ils leur avenir à celui d’hommes qui le sont ? Pourquoi feraient-ils d’un déboire politique une rupture sans retour ?
La déception n’est pas une condamnation. L’attente n’est pas une défaite. Et l’éloignement du pouvoir n’oblige personne à prendre le chemin de la rébellion.
Certains furent de grands défenseurs du régime Tshisekedi durant son premier mandat. L’impatience les a conduits dans l’opposition radicale. D’autres vont jusqu’à pactiser avec leur bourreau d’hier contre celui qui les avait fait sortir de ses geôles. Les alliances changent, dira-t-on. Soit. Mais faut-il, pour combattre un adversaire d’aujourd’hui, remettre son destin entre les mains de son bourreau d’hier ?
La politique est un monde d’intérêts. Elle exige de récompenser la fidélité et la combativité. Mais elle exige aussi de savoir attendre, de supporter les revers et de préparer un retour sans tout compromettre. On peut s’opposer sans prendre les armes. On peut perdre une place sans renoncer à toute mesure. Il faut surtout cultiver la patience. Elle est amère, mais son fruit est doux. Encore faut-il ne pas détruire, dans un accès de colère, ce que l’avenir vous réserve.
Le désespoir accule ; il ne délibère pas. Pour justifier leur ralliement à la rébellion, certains ont posé cette question cruciale : « Si l’on vous affame chez vous, accepteriez-vous de mourir sans rien faire ? » Une révolte dictée par les tripes et la faim ne s’encombre pas de rationalité.
À tous ceux qui préparent leurs valises pour rejoindre Goma, nous lançons donc un appel à la retenue. Ne confondez pas votre déception avec leur impasse. Ne liez pas votre destin à celui de condamnés à mort : vous tomberiez dans un traquenard.
Conseil de sagesse.
Steve MBIKAYI MABULUKI


